Les derniers Resident Evil ont reçu un accueil des plus favorables, même si certains virages pris par la franchise ont quelque peu divisé. En parallèle, Capcom a sorti d'excellents remakes qui ont permis d'étancher la soif des plus nostalgiques, tout en rendant accessible une saga vieille d'une trentaine d'années désormais. Deux voies très différentes, mais qui se sont finalement retrouvées pour donner naissance à Resident Evil 9 Requiem, certainement le jeu le plus important de la licence, et ce depuis très longtemps, tant par la place qu'il occupe dans le narratif de l'univers que dans celui de la série tout entière.
Resident Evil 9 Requiem n'est pas qu'un survival horror de plus à mettre sur la pile. Ou un très bon épisode de plus à ranger dans sa collection. Pour une fois depuis un moment, il a vraiment quelque chose à raconter et pas juste pour lui, mais plus largement pour toute la franchise. Plus qu'un nouveau jeu, c'est une synthèse de tout ce qui a fait le succès de Resident Evil, de toute son histoire. Son ADN est un mélange de celui de tous ses prédécesseurs, dont les plus controversés et même des films d'animations canoniques. D'une certaine manière, Resident Evil 9 Requiem est plus que jamais proche de son propos, il est la mutation ultime de toute la série. Un épisode essentiel à la saga qui lui permet enfin de se retrouver et de boucler la boucle en préparant soigneusement le terrain pour l'avenir.
Toutes les captures ont été réalisées sur la version PS5 Pro du titre sans mode photos et sans toucher aux options. Le jeu ne dispose d'aucun mode graphique particulier.
Deux personnages, un seul cauchemar
Si Capcom a eu la main lourde sur la communication, Resident Evil 9 cache encore bien son jeu. Il reste beaucoup de choses à découvrir, ce nouvel opus aime surprendre là où on ne l’attend pas toujours, du début jusqu’à sa toute fin. En nous proposant de suivre non pas un, mais deux personnages, il en profite pour offrir deux expériences distinctes et rend hommage par la même occasion à toute la licence.
Grace est n'est pas une agent de terrain et sera obligée de faire des pieds et des mains pour survivre, bien qu'elle soit tenace. Elle incarne parfaitement la nouvelle horreur à la Resident Evil. Analyste au FBI, la jeune femme n'est pas rompue au combat, elle peine à tenir son arme sans trembler et manque cruellement d'assurance lorsque les choses s'enveniment, en dépit de son courage. Elle sera malmenée tout au long de son enquête sur une série de meurtres abominables dont le dernier corps a été abandonné sur les lieux mêmes du décès tragique de sa mère huit années auparavant.
Elle croisera très vite le chemin de Leon S. Kennedy, visage connu et adoré de la licence. Le bougre a pris de l'âge depuis Resident Evil 6 et n'est pas au top de sa forme, mais sait toujours aussi bien se défendre, et avec classe qui plus est. Si vous avez suivi les récents films d'animation, vous ne serez pas surpris de le voir combattre les hordes de morts-vivants en enchaînant les mouvements gun-fu empruntés à un certain John Wick. Les exécutions sont violentes et il fait preuve d'un flegme à toute épreuve face aux pires situations en se permettant quelques punchlines bien senties, sa marque de fabrique. On a donc là deux personnages qui représentent chacun une génération et une ambiance unique. En résultent deux expériences très différentes au sein d'un même jeu, mais qui paradoxalement se répondent et coexistent de manière cohérente comme deux faces d'une même pièce.

Un vrai film d'horreur et d'action parfaitement maitrisé
De Leon à Grace, la dynamique change complètement et le gameplay aussi. Celui de la jeune analyste du FBI est calqué sur Resident Evil 2 pour la grande majorité du temps et sur Resident Evil 7 lors de ses phases les plus horrifiques, tandis que les phases avec Leon se rapprochent davantage de Resident Evil 4 et 6. Oui, oui, vous lisez bien.
Resident Evil 9 Requiem est un vrai laboratoire à idées. Heureusement la plupart sont géniales et, lorsqu'on a un doute les concernant, elles sont assez bien modernisées pour nous convaincre. Je n'ai toutefois pas pu m'empêcher de rouler des yeux face à certains passages tout droit sortis des films d'animation ou d'un Resident Evil 6 sous stéroïdes. La mise en scène est clairement plus cinématographique qu'avec les deux derniers épisodes et il y a bien un moment où elle se lâche un peu trop pour tenter de côtoyer Hollywood. Mais impossible de bouder son plaisir tant on est devant ce qui se fait de mieux en termes de feeling narratif.
Ce n'est pas du grand récit et on s'en fiche, mais c'est de l'excellent Resident Evil, qui s'assume pleinement avec sa propre cohérence et arrive à développer son histoire, son univers mais aussi ses personnages. Grace n'a pas volé sa place et Leon a lui aussi des choses à raconter. Ne vous attendez pas à un développement aussi poussé que dans un Naughty Dog, mais c'est un plaisir de découvrir une nouvelle facette un poil plus consistante que dans les précédents épisodes. En plus cette fois il n'y a pas de rafistolage de dernière minute pour justifier sa place au sein de la licence, contrairement à l'ultime segment de Resident Evil Village. Resident Evil 9 Requiem épouse le lore d'origine avec brio et honore son héritage. Il conclut certaines intrigues, en ouvre d'autres et réussit surtout à le faire avec clarté de manière à satisfaire les fans de longue date en rendant le tout accessible aux néophytes.

Grace, l'horreur 2.0 de Resident Evil 9 Requiem
Pourtant, ce n'était pas gagné d’avance, puisqu'il fallait réussir à gérer deux personnages sans que l'un mange l'autre. L'équilibre a dû être difficile à trouver, mais Capcom a réussi son coup. Les deux protagonistes se passent le relais, chacun ayant ses moments de gloire sans étouffer son partenaire. Grace nous offrira les séquences les plus stressantes et collera davantage à la dimension horrifique et survie de la série. Elle est frêle, manque souvent de ressources et suivant le mode de difficulté choisi, il faudra également faire attention aux sauvegardes. Il est inutile de chercher à affronter l'armée de monstres que vous croiserez, la plupart du temps la jeune femme préfère la fuite et l’on ne peut pas lui en vouloir. Heureusement, elle pourra améliorer ses compétences à l'aide de certains objets et peut également fabriquer de l'équipement à la volée, notamment en récoltant du sang. Ce n'est pas des plus réaliste, mais ce n'est en aucun cas rédhibitoire.
La frustration viendra plutôt de la gestion des objets qui, au départ, nous ramènera en 2002 à l'époque de Resident Evil 0. Une horreur. Si l'on est habitué à avoir de petit inventaire depuis la nuit des temps, ici c'est un poil exacerbé les premiers temps. Il faudra souvent faire des choix ou de nombreux allers-retours vers les zones de stockage si vous ne voulez rien perdre. À ce stade, ce n'est pas de la difficulté liée à la survie, mais du non-sens. Surtout lorsque l'on se balade avec deux ou trois objets clés dont on ne peut simplement pas se séparer.
Que serait un Resident Evil sans ses énigmes alambiquées ? Dans Requiem elles ne sont pas bien difficiles, mais font partie intégrante de l'expérience. La boucle de gameplay de Grace repose essentiellement sur ça. Les allers-retours sont nombreux, au moins autant que les dangers et les surprises qui se mettront en travers de votre chemin. C'est tout sauf une promenade de santé, d'autant que les morts peuvent encore vous surprendre même lorsqu'on pense s'en être débarrassé. On sera toujours sur le qui-vive en serrant fermement sa manette, des sensations que l'on n'avait pas ressenties depuis un moment sur un Resident Evil.

Leon, ou quand Resident Evil réussi et assume enfin son penchant pour l'action gore
Leon, de son côté, apparaît de prime abord comme une bulle d'air frais entre deux passages de tension avec Grace, et finira par représenter tout le penchant action du jeu. Distributeur de mandales et porte-flingue acrobate, Leon se retrouvera sans cesse confronté à de grands groupes d'ennemis ou sera harcelé de manière incessante. Contrairement à sa camarade, il dispose d'un vaste inventaire hérité de Resident Evil 4 Remake et peut fabriquer de l'équipement bien plus facilement.
Sans compter qu'il aura beaucoup d'armes à sa disposition et pourra même les améliorer moyennant des points de combat gagnés en éliminant des monstres. Là encore pour le côté réaliste on repassera, même si une raison est donnée en jeu. Mais une fois de plus, rien de réellement problématique. Améliorer ses armes via une caisse high-tech n'est pas plus étrange que de croiser un marchand au beau milieu d'un coupe-gorge. Incarner Leon est en tout cas un vrai régal, puisque Resident Evil 9 Requiem réussit enfin là où Resident Evil 6 a échoué.
Toute la dimension action est bien mieux négociée et, même si elle s'inspire clairement de Resident Evil 4 Remake, c'est beaucoup plus dynamique et brutal. Léon peut en effet compter sur sa fidèle hachette qu'il pourra affûter à volonté, pour se battre au corps à corps, parer ou achever ses ennemis. À l'occasion, il peut également récupérer des armes de fortune tombées au sol pour les lancer ou exécuter des actions spéciales souvent dévastatrices et souvent très graphiques. Les combats sont plus viscéraux que jamais et jubilatoires au possible, donnant lieu à des exécutions gores à souhait. Là-dessus d'ailleurs, Resident Evil 9 Requiem ne lésine pas sur les moyens. C'est certainement le jeu le plus gore et explicite de toute la franchise, que ce soit dans l'environnement, avec les exécutions ou les démembrements localisés lors des combats. C'est d'autant plus graphique que le jeu est absolument superbe.
Resident Evil 9 Requiem est sublime
Le RE Engine fait des merveilles sur PS5 Pro, c'est fluide, la gestion de la lumière est impressionnante et, pour peu que vous soyez équipé, vous pouvez même profiter du ray tracing. J'ai pu noter quelques rares ralentissements toutefois, mais rien de dramatique. Que ce soit avec Grace ou Leon, on en prend plein les mirettes. D'ailleurs s'il est possible de jouer à la première ou troisième personne, on notera que le travail sur les animations en vue TPS est remarquable. D'autant plus avec Grace qui peut perdre l'équilibre lorsqu'elle panique par exemple, ou qui tremble lorsqu'elle vise.
Le souci du détail apporte énormément, c'est un vrai travail d'orfèvre. La vue FPS n'est pas en reste et permet d'admirer davantage les détails. D'un point de vue purement technique, les deux vues se valent. Vous pouvez de toute façon en changer comme bon vous semble selon vos préférences et même choisir en fonction du personnage incarné. Pour ma part, j'ai préféré faire le jeu entièrement à la 3ème personne, à l'ancienne, mais je suis forcé d'admettre que la vue FPS propose une immersion incomparable lors des phases horrifiques. À vous de voir, dans les deux cas, Resident Evil 9 Requiem est superbe.
On retrouve également un très grand soin du côté du sound design, certainement l'un des meilleurs qu'il m'ait été donné d'entendre depuis longtemps. Pour peu que vous ayez du matériel de qualité, le spectacle est au rendez-vous. La gamme et la spatialisation s'en donnent à cœur joie. C'est fin, réaliste et extrêmement détaillé, à même de vous donner des frissons même s'il ne se passe rien à l'écran. L'ambiance est tout simplement folle la plupart du temps, surtout lors des séquences d'horreur, puisque c'est là que le moteur graphique et le travail sur le sound design entrent en osmose parfaite. Même durant les cinématiques, le jeu impressionne toujours autant, surtout au niveau de l’animation des visages. Mention spéciale aussi au doublage très convaincant, tant en français qu’en anglais, même si l’interprète de Grace a tendance à surjouer dans les deux cas, selon moi.

Entre masterclass et petite perte de rythme
Il est en tout cas vraiment très difficile de décrocher de Resident Evil 9 Requiem, même si on pourra regretter qu'un des pans dédiés à Leon ait tendance à traîner un peu en longueur. La faute à un level design qui tente de s'ouvrir et cherche à satisfaire les fans de la première heure en leur permettant d'errer brièvement à Raccoon City, véritable musée pour les fans nostalgiques. Heureusement, le jeu ne cède pas aux sirènes du monde ouvert pour autant, mais on aura effectivement la possibilité de respirer un peu d'air vicié durant quelques heures, quitte à casser le rythme suivant votre façon de jouer. C'est une petite nouveauté pour la franchise, mais c'est également le passage le moins marquant de ce Resident Evil 9 Requiem.
Surtout que cette section du jeu est coincée entre deux autres parties remarquables. Le premier et le dernier pan du jeu sont tout ce que vous pouvez espérer d'un Resident Evil, que ce soit avec Leon ou Grace. Même plus encore, puisque ce nouvel épisode injecte de nouvelles idées, notamment dans sa dimension infiltration qui accentue l'aspect survie, surtout avec la jeune femme.

Certaines parties du jeu rappellent parfois même The Last of Us, avec ces infectés plus humains que les zombies traditionnels. Ils souffrent, semblent pris au piège de leur propre corps, souvent coincés dans des routines angoissantes. Parfois, on pourra même les entendre ricaner, se goinfrer d'entrailles ou chanter. Ils sont évidemment pris d'une rage meurtrière et d'un appétit sans limite pour la chair humaine, faisant d'eux de véritables menaces. Il en sera de même pour les nouvelles créatures mutantes, comme La Fille, le monstre aperçu lors des différentes présentations, qui sera la source d'un très grand nombre de séquences anxiogènes et terrifiantes.
Toute la première partie de Resident Evil 9 Requiem est une vraie masterclass, si bien que l'on aurait certainement adoré que ça dure davantage. Mais c'est aussi parce que ce segment a une conclusion qu'il est aussi excellent. La trame du jeu a une évolution, une écriture qui rappelle celle des films du genre. Le gameplay et les ambiances suivent ce fil conducteur, évitent la redondance et mettent davantage les moments marquants en valeur, tout en permettant au jeu de facilement se faire pardonner ses errances.
C'est malin et c'est certainement ce qui fait de Resident Evil 9 Requiem l'un des meilleurs jeux de la licence, selon moi. Son rythme à la fois irrégulier et cohérent lui donne finalement une vraie narration cinématographique, et il nous tient en haleine de bout en bout. Une fois le générique de fin atteint une première fois au terme d'une douzaine d'heures intenses, on y repense, on le critique parfois, mais on se dit qu'on y retournerait bien. D'autant plus que, comme dans tous les Resident Evil récents, il y a une tonne de bonus à déverrouiller, ce qui lui offrira une vraie rejouabilité aux complétionnistes.


